L'Aïkido en France

Quelques repères

Cette vidéo amateur, prise lors d'une démonstration d'arts martiaux réalisée en 1951 au Vélodrome d'hiver de Paris, fit en son temps le tour du monde.

On y voit, pour la première fois en France une démonstration d'Aïkido.

Elle fut organisée pendant la pause entre les demi-finales et les finales du premier Championnat Européen de Judo à Paris. Y participaient entre autre Mikonozuke Kawaishi, Shozo Awazu et Minoru Mochizuki (ci-contre).  On sollicita ce dernier pour faire une démonstration d'Aïkido. Il demanda à  6 solides judokas d'attaquer de toutes leurs forces avec ce qu'ils avaient sous  la main, bâtons, sabres et même tabourets et chaises.

Maître Brun fut l'un des 6 judokas choisis. Ceux qui ont vu des photos de lui jeune le reconnaîtront très fugitivement vers le milieu de la vidéo, fonçant sur Mochizuki avec un bâton ou à main nues.

Plus loin dans cette vidéo,on aperçoit également André Nocquet qui avait à peine abordé l'Aïkido à cette époque.

 

En 1951, Minoru Mochizuki est invité en Europe pour enseigner le Judo lors de stages. À cette occasion, il initie quelques judokas à l'Aïkido. Il est donc le premier historiquement à introduire cette discipline en France.

Malheureusement, suite à ses positions anti-nucléaires, il doit quitter la France en 1953. De retour au Japon, il demande à Me Morihei Ueshiba d'envoyer un instructeur pour continuer le travail amorcé.

O Sensei choisit un de ses jeunes disciples, Tadashi Abe. Celui-ci est jeune (28 ans), l'esprit guerrier et déjà  détenteur d'un 6° Dan. Ne parlant pas un mot de français à son arrivée, il s'appuie sur l'expérience de Kawaishi pour adapter l'enseignement de l'Aïkido à l'état d'esprit européen comme celui-ci l'avait fait pour le Judo quelques années auparavant.

S'appuyant sur les clubs de judo existants, les premiers pratiquants sont majoritairement des judokas. Résidant en France, il jette les bases de l'Aïkido en Europe jusqu'en 1961. À cette date, estimant sa mission accomplie, il rentre au Japon. À son retour, il ne reconnaît plus à l'Aïkikaï l'Aïkido de son Maître. Il remet solennellement ses Dan et ses titres, en signe de désaccord.

Entre temps, un de ses élèves, André Nocquet, séjourne auprès de Maître Ueshiba de 1955 à 1957. Tadashi Abe le nomme 4° Dan à son départ, et le charge d'assurer la relève.

Malgré son séjour auprès de Me Ueshiba, Nocquet ne parvient pas à faire l'unanimité et une demande est faite auprès de l'Aïkikaï pour qu'on envoie un expert en France.

C'est Me Mitsuro Nakazono qui est choisi et qui débarque à Marseille en 1961. Mais la majorité des Aïkidokas de l'époque sont des Judokas, formés à l'Aïkido musclé de Tadashi Abe, sans doute très proche de l'Aiki Budo d'avant guerre. Ils n'apprécient guerre ce Maître empreint de philosophie qui, tournant le dos à l'enseignement de son prédécesseur, réintroduit les Koto -Tama (sons chantés) et les exercices spirituels appris auprès de O Sensei.

La même année, O Sensei envoie un de ses disciples, Masamichi Noro, avec la mission de propager l'Aïkido en France et en Europe. Beaucoup de professeurs, refusant de reconnaître Nakazono, poursuivent leur route de manière indépendante. Noro est accueilli avec froideur, mais s'attelle à la tâche qui lui a été confiée. En 1962, il crée l'ACFA (Association Culturelle Française d'Aïkido). Il organise alors de nombreux stages en Europe jusqu'en 1969, lorsqu'un grave accident de la route lui fait perdre l'usage d'un bras. Ne pouvant plus pratiquer comme il l'entend, il crée alors un nouvelle discipline ; le Kinomichi, qu'il enseigne dans son dojo, l'institut Noro.

Entre temps, en 1962, Nocquet est mandaté par Me Ueshiba pour représenter l'Aïkido en France.

 

Deux ans plus tard, en 1964, un élève de O Sensei, Nobuyoshi Tamura, décide de découvrir l'Europe pour son voyage de noce. Me Ueshiba lui demande d'étudier comment fonctionne l'Aïkido en France. Devant la confusion ambiante, Me Tamura s'installe finalement en France et adhère à l'ACFA créée par Noro.

De son côté, Nocquet quitte la FFJDA (Fédération Française de Judo et Disciplines Associées) pour créer la FFAD ( Fédération Française d'Aïkido).

En 1969, il crée l'UEA (Union Européenne d'Aïkido).

À cette époque, l'Aïkido compte plus de dix milles pratiquants, avec à leur tête les maîtres Tamura, Nocquet et Hiro Mochizuki. Le Ministère de la Jeunesse et du Sport demande alors que les professeurs passent un diplôme d'état d'aptitude à l'enseignement de l'Aïkido. Mais les deux organisations en présence à cette époque, la FFAD créée par A. Nocquet et l'ACFA créée par Nakazono et reprise par Tamura, refusent le regroupement qu'on leur impose.

1971 voit la création de l'UNA (Union Nationale d'Aïkido) qui a pour but d'aider les différentes organisations à s'unir. Grâce à cela, un diplôme d'instructeur d'Aïkido est mis en place le 30 Juin de cette année.

En 1973, Maître Floquet crée le CERA (Cercle d'Étude et de Recherche en Aïki et kobudo), pour préserver l'enseignement de Minoru Mochizuki.

Cette même année, afin de tenter de mettre tout le monde d'accord, Hiroo Mochizuki, Tamura et Nocquet mettent au point leur "Méthode nationale d'Aïkido".

Mais à l'issue d'une nouvelle crise en 1974, Horoo Mochizuki crée la FFYB (Fédération Française de Yoseikan Budo). L'année suivante, l'UNA éclate.

En 1976, le Ministère de la Jeunesse et du Sport impose une table ronde et retire leur délégation de pouvoir aux responsables FJDA et UNA jusqu'à ce qu'une solution soit trouvée. Nouvel échec !

Cinq ans plus tard, en 1981, le Ministère réitère son injonction et exige que les différents groupes adhèrent à l'une des trois fédérations officielles : Judo, Karaté ou Aïkido. De nombreuses parlementations aboutissent à la création en 1983 de la FFAAA sous la présidence de Jacques Abel. La FFAAA reçoit donc l'agrément officiel du Ministère de tutelle. Les fédérations de Nocquet et de Floquet rejoignent la FFAAA en tant qu'école. Mais la FFAAA ne fait pas l'unanimité. Tamura crée la FFLAB qui deviendra la FFAB. En 1984 D.A. Brun crée la FFAT qui deviendra la FAT. D'autres groupes encore ne se reconnaissent pas dans la FFAAA. En 1985, A. Nocquet et son groupe rejoignent Tamura à la FFAB, avant de créer en 1988 le GHAAN.

Il semble qu'il y ait en France une réelle difficulté à réunir tous les Aïkidokas au sein d'une seule organisation sportive, sans doute parce que l'Aïkido n'est pas un sport de compétition et n'est pas régit comme tel. Sa dimension culturelle et philosophique résiste à une unification qui serait en réalité un appauvrissement, ce que ne semble pas percevoir le Ministère de tutelle, qui devrait plus être le Ministère de la culture que celui de la jeunesse et des sports.

Aujourd'hui, la FFAAA et la FFAB dominent le paysage de l'Aïkido en France, tant par le nombre de licenciés que sur le plan médiatique. Mais la tentative d'union entre ces deux organisations n'est que de surface et de nombreuses dissensions assombrissent cette apparente entente. En réalité, il existe toujours de nombreux groupes "dissidents", dont certains ne sont pas plus illégitimes que les deux organisations principales.

Malgré tout, la France est le pays qui réunit le plus grand nombre de pratiquants dans le monde, dépassant même le Japon, avec plus de 58000 licenciés, tous groupes confondus.